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Camille souligne le traitement particulier du regard dans les tableaux du maître : regard effacé, vide, de certaines femmes, ravalées au rang d'objets (sexuels). Elles sont représentées de dos (baigneuse Valpençon), nous les voyons alors qu'elles n'ont pas le privilège de nous voir, ce qui les place - d'une certaine manière - en position d'infériorité - d'exposition - par rapport au spectateur/voyeur. Tout le contraire de certains portraits d'hommes, où le modèle et le peintre sont placés (pour ainsi dire) à égalité : regard vif, intelligent, de l'homme qui n'est pas seulement objet du regard, il est aussi indéniablement sujet du regard, signe d'une maîtrise active sur le monde qui l'entoure. Bien sûr, il y a des exceptions.
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Par exemple dans le portrait de Mme Paul Sigisbert - ce n'est pas le seul exemple - Ingres peint le protrait de face, mais il peint aussi son reflet dans le miroir. Il ramène sur le devant de la scène ce qui normalement reste caché derrière et invisible. Ambition de totalité, de représentation de toutes les faces d'un objet. On pense à Picasso, qui peint les objets à la fois de face, de coté, de dessus, de dessous, et ne laisse rien échapper du visible.
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Le traitement du regard chez Modigliani ne poursuit-il pas un but similaire de maîtrise sur le visible ? Celui-là peint des yeux vides, un regard aveugle, et refuse au modèle le droit de voir. Le peintre refuse à quiconque le droit de revendiquer une part de législation sur le visible. Le droit de voir est une chose qui ne se partage pas.
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Ingres, 1780 - 1867. Rétrospective Musée du Louvre, jusqu'au 15 mai 2006
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