lundi, juillet 02, 2007

L'élégance du Hérisson

Le deuxième livre de Barbéry est un livre comme on (je) les aime, car il donne envie de lire d'autres livres, surtout Tolstoï (j'y suis), de voir des films d'Ozu (on verra), de voir ailleurs.

On se dit que Barbery écrit un livre pour parler d'abord de ce qui lui fait plaisir, et (pour une fois) ça nous fait plaisir aussi.

Derrière la double trame narrative (d'un côté Renée la concierge se fait passer pour une "simple" concierge, pour entretenir ses propriétaires bourgeois dans la caricature de sa classe et d'illusion de leur supériorité et jouir en solitaire des délices de la culture ; de l'autre Paloma, fille de Ministre et suicidaire, aussi cultivée que la première, écrit le journal des dernières semaines de sa vie), derrière cette double trame donc, grâce à laquelle on suit la petite vie d'un grand immeuble parisien, le récit n'est qu'une gigantesque enfilade de digressions sur les petites et grandes choses de la vie, la quête du beau et la Kultur.

J'aurais aimé que le récit maintienne cette fantaisie, cette poésie jusqu'au bout. Mais la raison invoquée de la double vie de la concierge n'a rien de convaincant. Et cette façon qu'ont Renée et Paloma de se complaire dans la gloire secrète d'une intelligence dissimulée à autrui relève de l'onanisme culturel un peu sordide (ah !! la phénoménologie husserlienne, ah, le nominalisme d'Ockham !!), que le récit refuse de démêler (la culture ne doit-elle pas être partagée ?) De quoi tempérer l'engouement largement justifié autour de ce livre.

2 commentaires:

pop corn a dit…

sous le titre "la piste du herisson", didier Semin rassemble quelques-un de ses écrits sur l'art nous évoquant en préface, et nous en convenons avec lui, que le hérisson, animal sympathique, image le flaneur artistique à son rythme, retiré en ses réflexions, goutant de tout. décidément, animal qui hante l'art (sans parler du porte bouteilles de Duchamp, on le sait, communément appelé hérisson).

meriaux a dit…

Je n’aime que ce que je vois, ça ne m’empêche pas d’ignorer ce que je ne vois pas, ce que je vois ici me rappelle ce que j’ai vu là