vendredi, février 15, 2008

Chaïm Soutine à la Pinacothèque de Paris

C'est une chance que l'exposition Chaïm Soutine à la Pinacothèque de Paris soit prolongée jusque début Mars 2008. On y découvre de fort belles toiles, d'un artiste passionnant.

Avant toutes choses, je conseille la consultation du blog de la Pinacothèque de Paris, et le commentaire audio de Marc Restellini commissaire de l'exposition. Le parcours et le profil de Soutine sont instructifs à bien des égards, et permettent de compléter par exemple la réflexion sur l'image romantique de "l'artiste maudit". Nous avons ici le cas d'un artiste ayant cherché à donner de lui-même l'image d'un artiste maudit qu'il n'était pas. Ce n'est pas si commun. Autre sujet de méditation : les difficiles rapports de l'artiste à l'art juif, dans la mesure où il fuit le milieu juif qui le bride en matière de figuration picturale pour rejoindre le milieu antisémite de Paris qui le bride aussi. N'est-ce pas là un joli paradoxe pour un créateur d'image que d'avoir été recouvert par celles qu'il a forgé sur son propre compte et celles qu'on lui a collé sur le dos ?

Dans l'ensemble des oeuvres exposées, ce sont surtout quelques natures mortes qui auront retenu l'attention. En particulier une série de poissons (harengs), tantôt posés dans une assiette, sur une table, à côté d'instruments de musique. Le tableau reproduit ici, avec cette table redressée comme si elle se renversait à la face du spectateur, avec cette juxtaposition énigmatique baguette / violon / poisson, est d'une intensité remarquable, et elle n'est pas la seule. Le motif des deux fourchettes posées face à face comme deux mains crochues sur le corps de l'animal mort (lapin, poisson) revient à quelques rares occasions. Il souligne cette dynamique d'ouverture, d'écartèlement, de peinture éventrée. Les paysages urbains, totalement renversés, les superbes portraits (la jeune femme en vert : un régal) et les volailles pendues (toujours la nature morte) sont un festival de couleurs crues, et de formes nouvelles, exigeantes, un peu torturées, violentes, brutales. Tout le monde y voit Bacon. Je suis assez d'accord (mais j'ai tendance à la voir partout).

La muséographie très originale apporte un peu de fraîcheur dans la grisaille parisienne : les culeurs de Soutine exposées su des murs bleus, vert, bruns, ça nous change des murs blancs façon Moma. Seul regret l'architecture du lieu, chaotique et souterraine, programmée pour la bousculade et l'inconfort de la marche, faite de coins et de recoins, de piliers mal placés, aggravée par le désir d'accumuler sur un espace réduit un trop grand nombre d'oeuvres : les cimaises divisent à ce point les pièces qu'elles forment d'étroits passages où les visiteurs se glissent en se bousculant, et se bouchent la vue les uns des autres. Pour une oeuvre qu'il aurait fallu redécouvrir, on aurait souhaité un confort minimal.

Chaïm Soutine, à la Pinacothèque de Paris, Place de la Madeleine, jusqu'au 2 mars

1 commentaire:

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