mercredi, août 20, 2008

Les trois Mousquetaires / 20 ans après

Après Le Comte de Monte Cristo, l'été se poursuit avec Les trois mousquetaires, puis Vingt ans après, en attendant Le vicomte deBragelonne, dernier volet de la trilogie qu'Alexandre Dumas consacre au 17è siècle, mais plus volumineux à lui tout seul que les deux premiers réunis.

Les trois mousquetaires est le roman de cape et d'épée par excellence. On y court beaucoup, on se bat énormément, entre deux éclats de rire, quelques tapes dans le dos, des duels, des meurtres, une vengeance terrible. Il a été tant de fois imité, copié, on en trouve si souvent des éléments reproduits ailleurs, sous une forme ou sous une autre, qu'il est toujours revigorant de revenir "à la source", et de s'apercevoir tout ce que la culture ambiante doit à ce type de monument.

Je vais pas m'attarder sur l'histoire que tout le monde connaît. En gros, D'Artagnan est une jeune provincial au coeur pur, intrépide et intelligent. Il monte à Paris, fait la connaissance d'Athos, Porthos, Aramis. Les compères aident la reine à sauver son honneur contre les manigances du cardinal de Richelieu et de la terrible Milady. En toile de fond, la rivalité Louis XIII / Richelieu, le siège de la Rochelle, et puis aussi la fronde, la révolte anglaise, Cromwell et la mort de Charles Ier, la relation Mazarin / Anne d'Autriche. Pour plus d'info, voir ici, et ici aussi, ou à la rigueur par ici mais surtout lisez le bouquin.

Ce qui est plus important, c'est de regarder l'enchaînement des situations, la relation entre les personnages. Relativement inconsistant et passablement tête à claque, D'Artagnan-le provincial courageux a le mérite de fédérer les trois autres. Isolés dans leurs coins, les 4 hommes végètent dans la solitude et la médiocrité petite-bourgeoise. Réveillés à eux-mêmes par l'audace et l'initiative de d'Artagnan, les amis se transcendent et font des miracles, comme il est joliment dit au début de Vingt ans après.

Par rapport au premier qui raconte une belle histoire et de beaux sentiments, le second tome est nettement plus porté sur la psychologie des personnages, et les épreuves du temps. C'est de très loin, de mon point de vue, le plus intéressant. Plus sombre, plus subtil et plus charpenté. C'est dans Vingt ans après que l'on comprend mieux la psychologie des personnages, les raisons de leurs comportements respectifs.
  • Athos = le seigneur charismatique, de haute et vieille noblesse
  • Porthos = le bon vivant, l'ami fidèle fort comme un turc, attiré par ce qui brille
  • Aramis = le séducteur, élégant et spirituel, intellectuel
Les héros sont fatigués, ils ont vieilli, ils ont mûri. Revenus de (presque tout), les mousquetaires ils se sont heurté à l'ingratitude des grands, aux désillusions cruelles. Les uns n'ont pas eux l'avenir radieux qu'ils espéraient, les autres sentent que le monde change et qu'ils n'y ont plus tout à fait leur place. On les sent gagnés parfois par la rancune, l'amertume. Ils sont seuls. Isolés les uns des autres, les événements ont tracé pour eux des trajectoires opposés : ils sont devenus adversaires, Athos et Aramis sont frondeurs, D'Artagnan et Porthos sont au service de Mazarin (le premier espère enfin devenir Capitaine des Mousquetaires, le second aspire au titre de Baron).

Dumas a le chic pour examiner l'effet du temps sur la psychologie de ses personnages. On a déjà pu s'en apercevoir dans le Comte de Monte Cristo. Chacun a beaucoup gagné en épaisseur, en profondeur/ Le lecteur aussi. Et tandis que les trois mousquetaires pourraient passer - à tort - pour de la sous-littérature enfantine, Vingt ans après s'impose d'emblée comme une référence.

Il reste évidemment beaucoup de raisons pour ne pas lire ces fabuleux romans. C'est quand même très long (même si ça se lit d'une traite), et ce n'est pas toujours l'été. Mais on espère avoir suggéré que ce serait bien dommage.

1 commentaire:

Loula a dit…

Pour moi les trois mousquetaires est une lecture fondatrice que j'ai fait quand j'étais encore au collège. Je l'ai depuis lu et relu au point qu'a ma dernière lecture à chaque phrase lues, je me remémorais la suivante... Et Vingt ans après m'aura tiré des larmes tant il est dur de voir les anciens amis s'affronter! J'ai pour objectif cette année de présenter aussi ce roman en espérant donner envie, si je le fait je mettrais ton billet en lien. Et s'il faut encore rajouter quelque chose pour convaincre de l'utilité de lire ce live, c'est que les films qui en ont été tirés sont tellement partial, avec la méchante Milady et la gentille Constance et surtout un d'Artagnan complètement irréprochable.