mercredi, avril 12, 2006

Vive le fonctionnalisme !!

Dans la lignée de Walter Gropius, quoique sous un mode différent, un petit livre intéressant sur le refus de l'ornement comme signe de la modernité.
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Adolf Loos combat l'ornement comme un indice de perversion morale. Le tatouage, l'arabesque, le décoratif : voilà ce qui signale le barbare, le primitif, le violent, le criminel. La beauté n'est pas dans l'ornement, seulement dans la forme. Il faut cultiver la ligne claire, et viser la seule fonction de l'objet, dans le design ou l'architecture. Contre l'ornement, le respect du matériau, de la forme, de la fonction.
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L'ornement n'est pas seulement associé à la criminalité, aux moeurs troubles : c'est surtout un stade dépassé de l'évolution, qu'il faut ranger aux oubliettes de l'histoire. Loos inscrit l'architecture et le design dans une évolution historique qui pousse l'humanité vers le progrès. Le rococco, la renaissance sont des styles définitivement dépassés. La modernité est l'architecture de verre et d'acier, un éloge de la ligne, transparente et sans mystère.
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Loos est un gars subtil. Il n'a pas l'intention d'enfermer l'homme, par excès inverse, dans la pure fonction et la maximisation de l'utilité, comme il l'était jadis dans la décoration ornementale. Il fustige le Bauhaus. Il reste que Loos participe à la séquence historique européenne du début du siècle facinée pour la forme et le formalisme, dans les sciences, les arts ou la politique.
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Plus de 50 ans plus tard, c'est le retour du balancier, sur un mode distinct toutefois : avec Baudrillard ou Barthes, il n'y a certes pas de "retour à l'ornement", mais les objets ne sont pas seulement des fonctions. L'explication technologique n'épuise pas leur signification, les objets forment un système de représentations, ils sont chargés de mythes, de projections. On n'a pas tout dit de l'objet lorsqu'on a dit à quoi il sert.
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Adolf Loos, Ornement et Crime, Rivages Poche.
Voir également Gaudi à Barcelone.

2 commentaires:

boris a dit…

Bon moi je débarque dans ton blog et il est trop tard pour remettre son cerveau en marche, surtout après une séance des "Brigades du Tigre" - film qui aurait aimer cultiver la ligne claire mais ne peut pas s'empêcher de revenir aux affèteries faciles à plus avec plus de deux heures de métrage.
Donc mon seul commentaire pour ce soir sera : oui à la fiche de lecture, mais non à l'absence de point de vue du blogger, qui certes envoie du lourd (Barthes et Baudrillard) sur la fin pour bien montrer qu'on ne la lui fait pas, mais qui oublie un peu de se mouiller.
L'ornement, il aime ou il aime pas ?
Le fonctionnalisme, incarnation ou anticipation du fascisme ?
(ouais je toaste un peu, faut bien discuter dans la vie..!)

Matthieu Guével a dit…

Je reconnais bien là le diktat de l'opinion : quel est ton parti ? ta carte ? ta tribu ? Mais regarde sur d'autres posts, et tu verras que j'y cultive le point de vue, non pas toujours au sens de l'opinion sur, mais de perspective sur, angle de vue (par ex les posts sur Ingres, Caravage, la Critique de l'occident)

Difficile de répondre à la question : "l'ornement, il aime ou pas ?" j'ai le coeur assez grand pour l'ornement ET l'épure, le Gesu et Freedom Tower ; alors réponse de normand : ça dépend.

Quant à l'autre, "fonctionnalisme, incarnation ou anticipation du fascisme", pas facile non plus. mais déjà plus intéressant : dire des défenseurs du bauhaus qu'ils ont été des fascistes, ou que leurs idées étaient perméables à l'idéologie fasciste, l'idée a semblé longtemps incongrue, comte tenu des stigmatisations dont ils ont été victimes dans les années 30 en tant "qu'artistes dégénérés". Quelques publications récentes semblent creuser cette voie, on eut en discuter.

Plus généralement (en je termine), je ne pense pas que les formes esthétiques ou symboliques comme l'ornement, le droit ou le fonctionnalisme puissent être les porteurs d'une idéologie univoque. C'est un peu comme si on disait "globalisaiton : il aime ou pas ? Mondialisation : incarnation de l'expansionnisme américain ?" Ce qui m'intéresse, c'est à la rigueur comment ces formes ont été utilisées par ceux qui défendent leurs intérêts, comment elles s'en trouvent discréditées par la suite, les mécanismes et les chemins par lesquels ces figures évoluent, changent de forme, et se changent en leur contraire, dans un mouvement de recomposition permanente.