
Derrière Paul III, une partie de l'espace est fermée par un mur nu, l'autre s'ouvre sur l'extérieur, sans qu'on puisse observer de transition (embrasure de porte, cadre de fenêtre, etc...). Le mur s'arrête net, et l'on a du mal à resituer précisément le personnage dans son espace. Le procédé se répète sur de nombreux tableaux. L'arrière plan est souvent l'occasion de placer quelque objet symbole de puissance (baton de commandement, médailles, couronne, toison d'or, palais, etc.) ou contrepoint allégorique censé apporter une profondeur au premier plan.

On touche ici au plus près de la tradition du portrait, et de sa prétention à (i) rendre compte du caractère ou de l'âme de l'individu représenté par sa disposition physique (kaloskagataï grec) et (ii) favoriser la transmission des qualités morales du personnage représenté au spectateur lui-même. Dans les milieux érudits, on aimait s'entourer de bustes et de portraits de personnages célèbres, vivants ou morts, pour conserver la mémoire des traits, mais aussi pour profiter de l'influence positive et des qualités que l'on prêtait alors au personnage peint.
Il faut saluer la grande économie de moyen avec laquelle Titien effectue ce contact, en dépouillant progressivement les puissants de l'appareil allégorique qui les alourdissait du poids de la lignée, pour restituer la présence vivante de la chair et du regard. Sous la personne publique pointe le particulier. On ne peint pas une idée générale du pouvoir, une allégorie de l'autorité dans laquel le modèle n'aurait plus qu'à se glisser, mais l'incarnation concrète d'un homme qui pourraît être n'importe quel autre mais qui ne l'est pas.
1 commentaire:
Hello man!
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